Bonne lecture de ce commentaire !
Intro : Texte issu du journal d’un bourgeois de Paris, texte témoignage de la première partie du règne de François 1er, qui est régulièrement réédité. Il s’agit de Nicolas Versoris, bourgeois de Paris, qui a décrit l’atmosphère à l’issue de la bataille de Pavie, qui reste un désastre incomparable sur le plan militaire pour
la France. Témoignage fiable, le bourgeois étant bien informé, qui nous donne un aperçu sur la vie quotidienne, mais aussi les manœuvres politiques au premier XVIe siècle.
En effet, le contexte pour les français est pour le moins défavorable. La 2ème guerre d’Italie, du règne de François 1er ( rappeler qu’il s’agit d’un conflit séculaire), se termine sur un mode catastrophique par rapport à la première, où l’influence française semblait dominer le monde des cités-états italiennes pourtant traditionnellement soumis à l’empereur.
La deuxième guerre a débuté sur la question des révoltes des communidades d’Espagne, où le roi de Navarre, dont il est question ici, cherche avec l’appui de François 1e à reprendre ses états. La question en toile de fond est plus la rivalité qui va s’installer de manière permanente entre le pouvoir français et celui de l’empereur Charles Quint, plus puissant souverain d’Europe depuis qu’il a été élu comme empereur en 1519. Après bien des épisodes militaires (invasion de
la Champagne repoussée par Bayard, deux attaques sans succès dans le milanais, l’invasion de
la Provence dirigée par le renégat Charles de Bourbon), le roi François avait réussi à pénétrer en Milanais, assiégeant Milan, et stagnant durant 5 mois devant Pavie, où les troupes impériales étaient réfugiées. Prises à revers par l’armée de Charles de Bourbon, François 1er, après un combat héroïque, mais d’un autre âge, est battu et fait prisonnier par Lannoy (refus de Charles de Bourbon) devant Pavie en février 1525. La formule célèbre du roi, qui écrit à
la régente Louise de Savoie, sa mère, est restée célèbre : « de toutes choses ne m’est demeuré que l’honneur et la vie qui est sauve ». Le roi a perdu son influence en Italie, son armée avec plus de 6000 nobles tués, dont des membres de la famille royale, et surtout la liberté, puisque Charles Quint est prêt à faire payer très cher la rançon royale, avec le prix de
la Bourgogne , tant rêvée depuis la confiscation de Louis XI,
la Bourgogne , un des centres historiques de la famille de Charles Quint.
La régente Louise de Savoie va diriger un royaume traumatisé par la capture du roi, un roi soumis à des pression, transféré à Madrid, humilié par le traité qu’on veut lui faire signer, et qui va tomber malade. Il risque de mourir, au risque de troubler le royaume tout entier.
Ce document aborde cette détresse du peuple, mais aussi la reprise en main politique de Louise, ses tentatives intérieures et extérieures pour redresser la situation.
Quelles sont donc les conséquences de ce désastre sur la population française de l’époque, à Paris et dans les provinces ?
Comment le pouvoir politique, la Régente en particulier, organise-t-il une réaction à cette capture, à cette grande absence ? Quelles perspectives pour une France qui semble soumise à Charles Quint : ce texte l’aborde, ou le sous-entend, par les intenses activités dont la Bourgeois de Paris est témoin, qu’il nous rapporte de manière chronologique sur une période, dans cet extrait, qui va d’octobre 1525 à décembre 1525. Nous verrons donc :
I/ Un royaume brisé et désorganisé par la défaite
A/ Une agitation dans les villes, et à Paris en particulier. Paris = ville étudiante, lieu de charivaris, comme évoqués sans doute dans le premier paragraphe, et en particulier l 2 . Manifestations liées à l’absence du pouvoir politique, moquerie, raillerie du pouvoir, peut-être en rapport avec la tradition universitaire parisienne. Notion de folie, évoquée dans ces premières lignes de l’extrait. On veut contester l’ordre social, et on le fait dans une atmosphère joyeuse. A cette époque, perce l’hérésie à Paris. Mais il ne s’agit pas de révoltes protestantes, qui restent plus discrets, surtout dans une période, où le roi prisonnier, les réformés risquent la répression du pouvoir de la Sorbonne, et celle conjointe de Louise de Savoie, peu favorable aux réformés.
Donc le bruit court que le roi est « mort », et cela engendre des révoltes dans le royaume. Risque d’inversion sociale. Sentiment de complot pour cacher
la vérité. Charles Quint ne s’y trompe pas, qui l’apprend et veut faire accélérer à cette même époque la conclusion d’un traité.
B/ « Le roi est mort, les sages le cèlent, les fols le révèlent ».
Peur de la mort du roi, qui serait une sorte de mort du royaume. Le roi François est au plus mal en septembre 1525. Il a contracté à force d’inaction, un abcès au nez, et souffre d’anorexie. Il déprime, et son royaume, symboliquement, se meurt avec lui. Symbolisme du Roi, qui fait corps avec le royaume. Le roi, d’après Joël Cornette, est le seul principe d’autorité du royaume, c’est une forme de manifestation nationale primitive. S’il est prisonnier, c’est un désastre moral et physique. Le royaume se porte mal comme s’il était malade. Le roi a nécessité de se montrer, et s’il n’est pas là, l’autorité s’effrite. Le pouvoir politique de la régente est de plus à Lyon, ce qui est distant d’au moins plusieurs jours. (théoriciens du pouvoir royal comme Claude de Seyssel). Roi prisonnier a un précédent dramatique : Jean II le Bon après 1356.
C/ Les nobles prisonniers, rançonnés ou traîtres :
- évocation de Navarre prisonnier (dernier paragraphe). Doivent payer une rançon pour recouvrer leur liberté, ou alors des biens en France. Le roi de Navarre = Henri d’Albret, à l’origine du déclenchement de la guerre pour recouvrer ses états perdus en 1512.
- Evocation de Charles Bourbon ( l 15), qui a « trahi » le roi en allant servir Charles Quint. Rappeler circonstances trahison, ordonnée pour récupérer terres du prince par Louise de Savoie, la mère de François 1er. Peur de sa puissance. Renforce encore l’idée d’une inversion sociale. Les nobles sont enfermés, captifs, soumis à des conflits d’intérêt, ce qui ne peut que renforcer l’agitation.
- La désorganisation de l’information : rumeurs et informations contrôlées ou non contrôlées circulent, pouvoir politique qui se trouve à Lyon, et non plus à Paris. Un ordre social inversé. (premier paragraphe). Problème de circulation et de répression du pouvoir politique (temps énorme de réaction entre la régente et le bailli de Paris fin du premier paragraphe). Suppositions fondées ou infondées sur la politique internationale (rapport sur l’ambassadeur anglais).
II/ Un début de réaction ferme du pouvoir grâce à des relais puissants
- A Le rôle ferme de la Régente : Louise de Savoie, ses réactions dans le texte, ses ordres donnés, son rôle en tant que diplomate. Evoquer le rôle tenu pour la seconde fois, puisqu’en 1515, elle était déjà gardienne du royaume. Evoquer aussi la relation fusionnelle avec son hercule de fils, comme Blanche de Castille avec Saint-Louis.
- B : Le rôle des intermédiaires : bailli, justice. Elle s’appuie sur un royaume aux institutions efficaces, auxquelles elle va donner du sens. Souplesse et dureté, car fait preuve d’autorité contre le charivari, mais comprend aussi le peuple, en ordonnant
la clémence. Plus la menace, que la véritable répression.
- C : Le contrôle progressif de l’information (carrefours). Les ordres passent, et ce texte nous montre la circulation malgré tout des informations, sur la captivité du roi, sur sa rémission, sur les alliances internationales, sur le rôle de Lyon comme ville frontalière du royaume, et donc cille apte à recevoir des ambassadeurs venus de l’Europe entière.
- D : Le rôle des ambassadeurs Louis de Savoie utilise des espions ambassadeurs ( des nouvelles qui lui furent rapportées), l’alliance avec le roi d’Angleterre, la venue de Navarre à Lyon,…qui lui permettent de renouer la diplomatie de lutte contre Charles Quint. De plus, ses informations sur la santé de son fils, évoquées l 8, se sont affinées : elle a envoyé auprès de lui sa sœur bien aimée, Marguerite d’Alençon, qui deviendra un peu plus tard reine de Navarre.
- E : L’organisation d’une réaction militaire : L 30 et suivantes. Organisation du ban et arrière ban. On recrute de nouvelles forces, armée désorganisée après Pavie,e t on la réorganise pour lancer une contre offensive ou pour défendre la partie orientale et nord du royaume menacée par une nouvelle invasion des impériaux, pour faire pression sur la royaume affaibli ? organisation de l’armée encore largement dépendante de ce système, avant une professionnalisation progressive mais au siècle suivant seulement.
III/ Une réaction française sur le plan international en préparation.
- A : L’évasion de Navarre redonne l’espoir (dernier paragraphe ) : retour d’un noble qui a vécu dans les geôles italiennes, la captivité, qui lui est permise par la mort d’un des protagonistes de la défaite française, le marquis de Pescara (Ferdinand François d’Avalos). Fin de la fatalité et reprise en main. Grand rôle d’Albret dans la politique de Louise de Savoie et de son fils. Reconnaissance de son autorité aussi.
- B : Le renversement des alliances avec L’Angleterre, (préfiguration du traité de Moore) .Ballet diplomatique décrit avec précision mais aussi suppositions. ( l 19 à 29). Arrive avec grand équipage, de manière ostentatoire, pour marquer les témoins, tels que le Bourgeois qui écrit. Retournement des alliances évoqué, car Henry VIII a peur de la puissance annoncée de Charles Quint, et retourne son alliance avec François 1er, en lui promettant sa fille ne mariage. Evocation des politiques matrimoniales européennes, qui sont des moyens de pression et de négociation à l’époque, et depuis le Moyen-Age. Montre la diplomatie du secret, qui entoure la négociation mais permet de voir que la Régente a repris la main dans la résistance à Charles Quint son fils prisonnier, la lutte continue ! Evocation de la dette contracté par Charles Quint, contre l’appui de Henry VIII. Il s’agirait alors d’en être le débiteur. Annonce en tout cas un bouleversement de l’ équilibre européen, et de luttes futures.
- C : Les soulèvements en Italie, préfiguration de la ligue de Cognac L 10 à 19 + l 36.
L’Italie prend peur aussi de la puissance de Charles Quint, de sa domination par des puissances étrangères, que ce soient
la France ou l’Empire. Cette union regroupe bon nombre de cités états, parmi les foyers de
la Renaissance italienne, et est lancé par le pape Clément VII. On cherche à faire trahir le marquis de Pescara, à qui on fera la proposition du royaume de Naples. Ce Morone dont il est question est le chancelier de Milan, qui cherche à le faire trahir. Mais Pesacra écrit à Charles Quint pour lui révéler toute l’affaire au printemps 1525. Plus tard, comme le signale le bourgeois décidemment bien informé, il fera exécuter celui qui voulait le faire trahir. Un peu plus tard, Pescara meurt (empoisonné), et on sent dans le texte la possibilité d’une révolte qui peut s’exercer. De là à dire que Navarre est l’envoyé des italiens ???L’espionnage se développe à l’époque, et prendra son envol un peu plus tard. Les pratiques sont toutefois déjà là…
CC : UN texte qui nous montre une vision du royaume dans une triste situation après Pavie, un royaume désorganisé, soumis aux rumeurs sans contrôles. Mais une reprise en main de
la régente Louise de Savoie, qui semble porter ses fruits au fil du récit du bourgeois, on sent que le retour du roi se prépare, par des tractations secrètes ( ambassadeurs, utilisation de la famille, réseau diplomatique, utilisation de princes comme agents,..). Le royaume est en effet en grand péril, et il s’agit de continuer
la lutte. On le voit à travers cette description des conséquences de Pavie. Un royaume abattu, mais un royaume qui cherche à négocier, à gagner du temps pour mieux préparer sa revanche.
Revanche qui arrivera quelques mois plus tard : en janvier 1526, François 1er sort de sa geôle, après avoir signé un des traités les plus catastrophiques depuis le traité de Brétigny en 1360. Le roi est échangé contre ses deux fils sur la frontière espagnole, il doit céder sur
la Milanais , Naples, l’Artois,
la Flandre ,e t doit restituer
la Bourgogne. Mais Charles Quint n’est pas dupe : le roi chevalier ne restituera jamais
la Bourgogne , et cela il le fera dire par son parlement, comme étant province inaliénable du royaume. En ce qui concerne les alliances évoquées, parler du traité de Moore avec Henry VIII signé en 1526, les Turcs, et
la Ligue de Cognac. Une offensive générale se prépare en Europe..
Je vous souhaite de bonnes vacances à tous. J'ai adoré travailler avec vous. Vous aurez vos devoirs le 16 janvier au plus tard. Bonnes révisions en attendant le devoir sur table, et n'hsitez pas à me poser des questions.