Et voici le deuxième article : la fin du cours sur la société au XVIIe siècle.
Il s'inscrit dans la dernière partie du cours, partie B, après la présentation globale de la hiérarchie sociale.
Voilà donc...Bonne lecture. Vous pouvez trouver des compléments dans :
LIGNEREUX, Y et MONTENAC, A , Les sociétés européennes au XVIIe siècle, Belin, Paris, 10/2006.
MUCHEMBLED,R, Sociétés, cultures et mentalités dans
la France
moderne : XVe XVIIIe s, Paris, A. Colin, 1990, réed 2003.
GARNOT,B, Sociétés, cultures et genres de vie dans la France moderne, Hachette supérieur, Paris, 1990.
B/
2/ Les bourgeoisies
Définition de bourgeoisie : étymologiquement, c'est celui qui habite le bourg. Il a une supériorité sociale et économique qui le distingue des couches populaires de la société. Parfois, il s'apprente ua monde de l'élite, qui reste à l'époque celui de la noblesse. Furetière dans son Roman bourgeois, évoque ces bourgeois qui ne pourront jamais égalé les nobles, par leur "civilité et leur politesse qui dure toute la vie". On le voit donc, le bourgeois est d'emblée mérpisé par la noblesse, qui juge mal ces parvenus, qui pourtant leur permettent de redorer leur blason, en cas de mauvais fortune familiale. La bourgeoise est parfois héréditaire dans certaines villes, c’est un vocable différent selon les lieux, qui a ses sociabilités propres, et ses différencations propres.
Ils sont les plus entreprenants, ceux qui prendront par-dessus tout des risques au siècle suivant, ceux par qui les idées nouvelles arriveront. Pour cela, leur ambition est aussi une caractéristique de leur ordre. La haute bourgeoisie semble très proche de la noblesse (stratégie matrimoniale), alors que certains vivront dans la gêne (dépendant des crises de subsistance et proches du petit peuple).
Les bourgeois veulent l’éducation pour leurs enfants pour qu’une ascension sociale se produise. Les marchands, devant la crise économique, deviennent des préteurs, acquièrent des créances, leur offrent les opportunités, pour spéculer, et acquérir une plus grande fortune.
Voilà la raison principale de l’enrichissement de ces élites bourgeoises. Les paysans, en crise, vendent leur terre, et les acheteurs sont des proches citadins. La campagne est donc pénétrée par des gens de la ville, on leur préfère l’investissement foncier au grand commerce. Les magistratures sont donc les fonctions les plus intéressantes. Le droit devient le mode d’accession le plus intéressant à la noblesse, par l’intermédiaire des charges anoblissantes. (vénalité des offices). Ils sont donc très proches de monarchies absolues, et se développent en parallèle de leur expansion ( surtout en Europe occidentale, aux Pays Bas, en Angleterre, en France), pour constituer un groupe hétéroclyte, mais puissant.
3/ Le monde des paysans :
Une hiérarchie du monde paysan complexe et diversifiée selon les états ( on privilégiera ici l'exempel français): au sommet, des laboureurs, qui possèdent leur biens, le sol, c’est le clivage essentiel. Les paysans possèdent la moitié des terres en France, par exemple. Gros laboureurs opulents, petits laboureurs, propriétaires de 5 à 10 ha, mais obligés de trouver un complément en tant que salariés parfois sur les terres des bourgeois ruraux. Les vignerons sont des catégories à part du monde paysan, et s’en sortent en général mieux, faisant jouer les solidarités, même lorsque l’on possède seulement 5 à 10 ha.
A ce monde de propriétaires, vivant plus ou moins confortablement, il convient d’opposer les salariés, qui sont eux aussi dans des situations complexes. Des manouvriers, ou journaliers, qui louent leur force de travail à la journée, le monde est bigarré et composite. Ils peuvent être parfois propriétaires de quelques biens, ils forment l’essentiels de la population ( 2/3 en Beauce). Les journaliers ont pu connaître une embellie de leur situation en cas de crise démographique, où les salaires ont augmenté par fautes de bras. Il n’en reste pas moins que leur situation alimentaire est précaire, dépend des récoltes, des guerres, bref des trois cavaliers de l’Apocalypse…Dans ce monde de travailleurs de la terre, il ne faudrait pas oublier les domestiques, fort nombreux, et surtout hommes, les artisans , les colporteurs et marchands ruraux. Une foule de petits métiers tourne donc dans ces campagnes peuplées du XVIIe siècle, en n’omettant pas la foule, difficile à comptabiliser des pauvres et des errants, répertoriés dans chaque village, constituant entre 5 et 20 % de la population, selon les crises agricoles. Mais cette foule peut grossir brutalement au moment des guerres, ou des crises alimentaires, devant presque menaçants, et parcourant les villages de l’Europe, demandant l’aumône, et véhiculant parfois des épidémies. Dans ce cas, la comptabilité est extrêmement difficile.
Différenciation du costume moins marquée qu’en ville, ( sauf petits notables), les paysans garderont une tenue composée d’une toile de chanvre ou de lin, des chausses, guêtres. Un seul exemplaire du costume, peu lavé. Tissu varie selon les régions.Toutefois, fin du XVIIe siècle, des nouveautés arrivent lentement, comme des cotonnades ( conséquence ouverture maritime).
Ceci dit, la vie difficile de l’époque entraîne de nombreuses révoltes au sein de l’Europe du XVIIè, bien étudiée par Neveux. En France, une dizaine de révoltes marquent la volonté d’imposition fiscale de l’absolutisme, et le poids engendré par les guerres continentales. Cela se double de zones entières de pays soumises aux bandits, comme l’Espagne dans la région de Valence ( bandoleros). Troubles de 1635 à 1643 à l’époque de Richelieu ( « Va nu pieds »), Mazarin à l’époque de la Fronde, Lustucrus du Boulonnais en 1662, avec une répression à chaque fois très sévère. Il en est de même à l’époque de la Guerre civile en Angleterre (1641-1652 ; 1688-1691 ou à l’agitation jacobite). En Espagne, les paysans catalans s’insurgent contre les réquisitions militaires en 1640, Valenciens en 1693, Napolitains contre les exigences espagnoles fiscales en 1647. En Europe orientale, les paysanneries voient un changement de statut catastrophique, à cause la puissance de la noblesse. La limitation des droits de se déplacer, de posséder, conduit peu à peu à une résurgence du servage. La consécration en Russie arrive en 1649 avec le code du tsar Alexis. Il provoque une révolte des cosaques, unis avec des paysans russes, dont le danger culmine vers 1670. C’est un mélange entre vieux croyants déçus par la réforme orthodoxe,
4/ Le monde des villes
Ce sont les grandes villes qui mènent la croissance, et les petites qui permettent aux campagnes de s’animer. La mortalité y est moindre, car on se soucie plus de ravitaillement en produits essentiels, et l’on contrôle plus l’eau, on demande à développer les boissons alcoolisées type vins, et où se développe en premier le thé et le café. La ville devient un enjeu essentiel dans le pays, et les deux constructions urbanistiques du XVIIè, Madrid et Londres, sont les témoins de ces enjeux. Elles se peuplent très facilement après leur création et leur incendie ( Londres, 1666).
Voisinage et quartier : La circonscription de base est la paroisse, mais elle est compliquée par un enchevêtrement d’institutions administratives, fiscales, militaires,…( quartiers, penonnages). On peut même assister à un patriotisme de quartier. A Lyon, sobriquets collectifs pour ces habitants ( les Jardus, les Cocus,..), les progrès de l’absolutisme ont fait diminuer cette sociabilité de quartier. Le quartier est à envisager comme un espace vécu, que l’on s’efforce de saisir avec des résultats mitigés. Complexité de la définition, le quartier se résume souvent au voisinage, mais les manifestations religieuses et festives, donnent souvent une acceptation beaucoup plus large ( quartiers maritimes), les comportements donnent plus de sens à l’espace vécu qu’une limite claire et nette dans la ville. Il y a aussi les corps de métiers et confréries..
Corps de métier et confréries ( voir TD sur Paris): Les métiers sont un héritage médiéval ( jurandes, guilds and mysteries en Angleterre, gremios en Espagne. Le spouvoirs publics encouragent à leur création en Angleterre, en Espagne, pour des raisons financières. En France, les corporations atteignent leur apogée à l’époque de Colbert. Tous les métiers au cours du XVIIe siècle se dotent peu à peu de règlements écrits. Ces règlements fixent les conditions d’accès au métier, à la maîtrise, la nature des articles à produire, les procédés de fabrication. Il y règne un grand conservatisme social, avec des hiérarchies internes strictes ( statut d’apprenti, de compagnon, de maître,…). On assiste par un système malthusien à une hérédité progressive du statut de maître. On idéalise la société de corps ( place attribuée dans le cortège, et hiérarchie des métiers eux-mêmes, entre les métiers nobles ( orfèvres), et les métiers vils ( tanneurs, cordonniers, tripiers,..)). En dehors de la corporation, tous les autres sont assimilés à des non-qualifiés. Opposition entre gens de bras, par opposition aux gens de métier. Exclusion des femmes ( tendance au déclin des métiers féminins, rareté des maîtrises accessibles aux femmes,..). Les études récentes montrent le décalage entre l’image du système et la réalité des pratiques. En fait, il y a des rapports étroits avec les « non-corporés » ( Alain Thillay pour Paris, Joseph Ward pour Londres). Au sein de ces communautés, il y a un fort rôle d’assistance et de secours mutuel, qui s’exprime par les confréries. Chaque métier est placé sous la protection d’un saint patron, qui constitue l’institution la plus forte après la paroisse ( recueil de fonds, legs, dons, amendes, aide aux malades et aux orphelins, frais de funérailles,…. A cela s’ajoute des confréries de dévotion, particulièrement nombreuses par l’influence de la réforme tridentine, qui se veulent des organisations d’intercession entre le fidèle et Dieu ( Compagnie du Saint-Sacrement). Ces confréries se distinguent par des activités de charité, manifestations festives, processions et manifestations pénitentielles lors du Vendredi Saint par exemple. (lien avec la culture urbaine).
A Paris, en 1635, Roland Mousnier distingue 9 strates sociales, les honorables ( noblesse, officiers et hommes de lois, petits robins, dirigeants d’entreprise), et non honorables ( petits artisans, maîtres des métiers, compagnons, gens de métier ou de service ). La foule des hommes de peine, des manouvriers et journaliers n’est pas recensée dans ce compte, ni la population flottante des villes, qui en fait un espace bigarré, et ouvert, surtout dans les villes portuaires. Des vagabonds, aux manouvriers qui grossissent le nombre des citadins les mauvaises années, et se rendent dans les hôpitaux des villes pour se faire soigner, les couches populaires de villes sont souvent réduites à la mendicité en cas de crise de subsistance, et subissent les hausses de la fiscalité. On retrouve à cette époque la politique d’aumône et de mendicité, voire de renfermement des couches populaires des cités d’Europe. Violence du pauvre et assistanat : niveau de pauvreté atteint lorsque le revenu journalier égale aux dépenses de pain. Pauvreté structurelle, et pauvreté des migrants, des errants, qui sont moins bien traités dans les villes. L’image traditionnelle du pauvre s’est dégradée depuis le XVIe siècle, et les autorités cherchent à recenser, enfermer, contrôler l’aumône et les taxes perçues pour les pauvres, pour éviter tout désordre social. Le Grand enfermement n’a pas eu le succès que l’on a cru avec des études menées par Michel Foucaud dans les années 60, aujourd’hui, on le relativise, mais il n’empêche que les élites veulent contrôler ces pauvres, voire les exclure. Les étrangers ont parfois du mal à s’intégrer ( en Espagne, ou en Angleterre), en France, ils participent à la vie des villes, peuvent devenir français « naturels ». Fin XVIIe se met en place un contrôle beaucoup plus strict des migrants par l’Etat royal, car le nouvel arrivant est tout d’abord censé représenter une menace. La création de la lieutenance générale de police de Paris montre la centralisation de la surveillance des étrangers, dont l’efficacité est enviée par les autres puissances. On surveille également et on se méfie des prostituées, constituant une menace pour l’ordre moral et social. C’est une figure urbaine par excellence (Séville, 3000 pour 135000 personnes). On constate une fermeture des maisons de tolérance dans tous les pays européens au profit d’un enfermement des prostituées ( époque de Louis XIV). Les prostituées ont alors un régime proche de celui de la prison. Elles exercent toujours dans des tavernes à bière, comme à Londres, mais aussi dans des chambres garnies. Les compagnies de dévotion, et de charité, leur proposent des amendements possibles, en fondant des refuges pour prostituées, désireuses de changer de vie.
Les salariés, portefaix, compagnons aux métiers spécialisés, métiers de parure aux sommets de la hiérarchie. Les domestiques sont relativement nombreux, 10% , population agricole nombreuse dans les villes ( 40% des habitants de Châteaudun en 1696). Les petits artisans aux maîtres de métiers peuvent être classés dans des catégories intermédiaires, dominés par l’élite bourgeoise, et ils dominent les salariés. L’émiettement des activités est considérable, et il n’y a pas de grand regroupement. Ils ont généralement une petite aisance, et possèdent un ou deux domestiques. Ils sont donc bien situés au plus bas de la bourgeoisie, et sont tantôt tiraillés vers le haut en cas de croissance économique, ou vers le bas en cas de crise de subsistance. Au sommet, les élites bourgeoises, déjà définies plus haut.
Conclusion : Un monde bigarré, cosmopolite, qui fait aussi la richesse culturelle du XVIIè siècle. Un monde qui peut entrer en révolte, comme dans les campagnes : révolte d’Amiens en 1628, Agen en 1635, révoltes comme dans les campagnes, d’origine fiscales, sociales ou économiques.
La société et les cultures à la fin du XVIIe siècle sont plsu encadrées. Le danger de la mort s'éloigne au XVIIIe siècle ( dernière épidémie de peste en France en 1720). Mais la culture populaire et la société est désormais contrôlée par l'élite, qui cherche à la dominer. Au rsique de faire disparaître un monde traditionnel, ouvert de plus en plus au monde, à l'enrichissement économique et aux bouleversements du monde contemporain.